Fin mars, sous le feutre de Julie Lamart-Lulé sur le tableau blanc de la salle pédagogique de la maison de l’archéologie, se sont écrits des mots simples, vivants et colorés. Entourée de Nicolas, Stéphane et Lucien, trois participants de l’association GAM APEI, et d’Hélène, leur accompagnatrice, elle guidait l’une des dernières séances d’écriture du prochain Facile à Lire et à Comprendre (FALC).
Très investis et concentrés, ils ont proposé, discuté et ajusté ensemble, chacun ayant son mot à dire pour faire vivre un futur document inclusif destiné à la prochaine exposition de la direction de l’archéologie « SENSationnel Néandertal ! Il y a 240 000 ans à Biache-Saint-Vaast » qui sera inaugurée lors des Journées Européennes du Patrimoine le 19 septembre prochain.
L’exposition mettra en lumière l’un des sites préhistoriques les plus riches du Nord de la France, découvert fortuitement en 1976 lors de travaux d’agrandissement d’une usine à Biache‑Saint‑Vaast. Les fouilles menées jusqu’en 1982 ont révélé, entre autres, deux crânes d’hommes de Néandertal, contribuant à mieux comprendre la vie de ces ancêtres lointains et la variété de leur environnement il y a quelques 240 000 ans.
Quand écrire devient co‑création
Le défi de cette séance ? Produire un texte qui soit à la fois clair, simple à lire et compréhensible pour tous, y compris des publics éloignés de la lecture ou en situation de handicap. C’est là toute la finalité du FALC : une écriture pensée pour être inclusive, sans renier la qualité du contenu.
Chaque mot, chaque phrase, chaque tournure doit être comprise par tous. On parle au présent de l’indicatif. On répète et on désacralise. Julie guide, précise et affine : « On peut dire çà plus simplement ? ». Lucien répond avec malice : « Les orbites sont les trous où se trouvent les yeux ». On cherche, on teste, on corrige et chaque idée compte.
Cet après-midi là, on parle de la vue, ce sens qui permet de reconnaître le monde qui nous entoure, de la lumière et des couleurs et de la manière dont les Néandertaliens chassaient, cueillaient ou exploraient des espaces sombres avec leurs outils. Autant de notions que le groupe enrichi de ces mots, de ses questions et de ses idées.
Les débats sont chaleureux. On s’interroge sur l’ADN, sur la manière de dire comment les Néandertaliens voyaient justement les couleurs et la lumière, sans complexifier inutilement. On rit des tournures maladroites, on retravaille ensemble jusqu’à ce que le texte coule naturellement, dans un langage simple et fluide.
Cette démarche n’est pas isolée puisqu'en 2021, la direction de l’archéologie s’engageait à proposer des contenus simplifiés pour toucher tous les publics. Une volonté qui s'inscrit dans la continuité du cadre définit par la loi handicap de février 2005 et en cohérence avec l’engagement fort du Département mobilisé pour déployer des outils de communication accessibles à tous.
Déjà en 2011, la direction de l’archéologie proposait une expérience sensorielle rare avec l’exposition itinérante belge « Ferme les yeux pour voir la préhistoire » qui plaçait le handicap et les sens au cœur de la médiation.
Ce jour là, les mots choisis, les idées partagées, les rires et les hésitations se sont peu à peu transformées en un texte collaboratif, sensible et authentique.
Cette séance n’est pas sans rappeler que la science peut être partagée de la manière la plus simple qu’il soit, que l’histoire peut se lire facilement et que la culture peut bel et bien être est un espace pour tous, quand l’humain et la collaboration sont au cœur du projet.

