Pendant près de cinq siècles, il est resté enfoui sous terre, à l'abri des regards. Découvert en 2021 lors des fouilles archéologiques menées sur les vestiges des fortifications anglaises de Guînes, cette impressionnante pièce d'artillerie du 16ème siècle a déjà traversé une bonne partie de l'histoire et depuis sa sortie de terre, une autre aventure a commencé. Plus discrète et plus lente aussi. Celle de sa conservation.

©CD62 / DA

Aujourd'hui, le veuglaire est conservé au centre de conservation et d'études archéologiques du Pas-de-Calais, à Dainville. Ici, pas de remparts, ni de champs de bataille et pourtant, c'est bien un combat qui se joue : celui de lutter contre les effets du temps.

En effet, un objet archéologique ne cesse pas d'être fragile lorsqu'il est découvert. Après plusieurs siècles passés dans un environnement relativement stable, le métal et les vestiges de bois conservés sur l’objet doivent être accompagnés avec soin afin d'éviter toute dégradation.

Conservé dans un bain contenant des inhibiteurs de corrosion, cette pièce remarquable fait l'objet d'interventions minutieuses destinées à préserver ses matériaux et à préparer les étapes futures de sa conservation. Il y a quelques jours encore, l’équipe de la conservation a procédé au renouvellement de ce bain, un geste technique essentiel auquel ont également participé stagiaires et renfort accueillis au sein du service de la conservation et des publics. Au-delà de limiter le développement de micro-organismes, cette opération relève d’un subtil équilibre de conservation puisque pour préserver les vestiges de bois, le veuglaire doit être conservé immergé dans un environnement proche de celui dans lequel il a été découvert. Toutefois, l’eau constituant l’un des principaux facteurs d’altération du métal, toute la difficulté consiste à concilier les besoins de conservation de ces deux matériaux aux exigences contradictoires.

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Derrière cette opération en apparence simple se cache tout le savoir-faire des professionnels de la conservation du patrimoine. Observer, contrôler, manipuler avec précaution, documenter chaque intervention sont autant d'actions primordiales pour garantir la préservation d'un objet aussi exceptionnel.

Cette indispensable phase de conservation préventive s'inscrit également dans une réflexion plus large autour de l'avenir de la pièce. Si le protocole de restauration n'est encore arrêté à ce stade, les équipes travaillent déjà à envisager les solutions les plus adaptées pour assurer sa conservation à long terme. Les premières études laissent entrevoir un chantier technique d’envergure qui pourrait mobiliser plusieurs années de travail par un laboratoire de conservation-restauration.

À travers ce témoin exceptionnel de l’artillerie de la fin du Moyen Age, c'est tout un pan de l'histoire du territoire qui continue de vivre mais c'est aussi l'occasion de mettre en lumière le travail souvent méconnu des agents départementaux du centre de conservation et d'études archéologiques. Un travail patient, exigeant et minutieux, qui s'exerce loin des projecteurs mais qui permet, chaque jour, de transmettre aux générations futures les témoins matériels de notre histoire.

Cinq siècles après avoir quitté les remparts de Guînes, il poursuit ainsi son voyage dans le temps et cette fois, il peut compter sur celles et ceux qui veillent sur lui.